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« Khadidja Hamsi, entre calme et volupté », par Hadjira Oubachir

« Comme de longs échos qui de loin se confondent. En une ténébreuse et profonde unité vaste comme la nuit et comme la clarté, les parfums, les couleurs et les sons se répandent ». Charles Baudelaire

Khadidja Hamsi est de ces femmes que l’on n’oublie pas lorsqu’on la rencontre ne serait-ce qu’une seule fois. Quand elle vous aura apprécié pour vos qualités humaines, elle vous ouvrira la porte de sa belle maison et celle de son cœur pour vous entraîner avec douceur et passion sur les chemins qui lui sont chers ; ceux de la création, du décor et des chants que son imagination fertile ne cesse de produire de manière merveilleuse.

Elle raconte sa vie, ses amours, ses désillusions, ses révoltes comme un conte, ponctué de gestes de ses longues et belles mains, son sourire qui ne la quitte jamais et ses yeux débordants de vie. Elle n’est qu’amour, amitié et générosité. C’est aussi une femme élégante qui porte avec goût ses vêtements. Après des évènements tragiques et joyeux qui ont jalonné sa vie, Khadidja commence enfin à réaliser son rêve qui est celui de la confection des robes kabyles dans un style où apparaissent des symboles liés à sa culture qu’elle porte comme un trésor dans son cœur mais aussi dans tout ce qui l’entoure. Dans la simplicité et le souci du détail, elle s’autorise un retour vers la tradition pour la rehausser et l’habiller de lumière.

» Je mets à profit mes insomnies pendant lesquelles je plonge dans un monde de création où je distingue les formes et les couleurs du travail que j’exécute le lendemain « .

Novatrice et créatrice à la fois, Khadidja arrive à concevoir des créations qui correspondent à sa personnalité. Elle ose des originalités sur des étoffes qui, chacune, renferme un langage symbolique car pour elle le choix du tissu est important pour mettre en valeur la personne qui le porte. Le costume dans toute sa splendeur est intégré à la culture, à l’histoire et à la personnalité de l’individu tout en s’ouvrant dans sa finesse et son élégance sur l’universel.

Elle vit sa passion au contact des tissus qu’elle choisit pour leur finesse et leurs couleurs stylisées qui reflètent la personnalité de chaque femme avec un pouvoir de séduction. L’interprétation et la valeur de chaque étoffe qui se manifeste dans des signes, symboles et raffinement de la broderie à la main, expriment les plus nobles sentiments et l’illumination de la féminité. Tout est minutieusement étudié, rien n’est laissé au hasard car Khadidja n’aime pas la facilité ni les tendances qu’elle rejette avec force car dit-elle, il n’y a de vrai que dans les matières nobles, à savoir la laine, le bois et la terre.

L’invitation au voyage

La maison de Khadidja Hamsi est une invitation au voyage, c’est un hymne à la beauté et un profond respect pour la culture, c’est le retour vers sa Kabylie profonde avec ses tapis, ses poteries et un ingénieux système d’éclairage qui rappelle L’mesbah mais fabriqué avec une peau de mouton teintée de henné, œuvre de l’artiste peintre Arezki larbi. La douceur et l’harmonie sont les maîtres mots pour désigner l’ambiance de la maison. Chaque objet savamment choisi est à la bonne place. Les ikufans ou ticbula que l’on retrouve figés dans les musées ou certaines maisons, chez notre amie, ils respirent, parlent et font remarquer leur présence comme jadis, lorsqu’ils étaient sollicités pour nourrir ou étancher la soif. Khadidja en possède plus d’une trentaine et ils sont là, gardiens des traditions et fièrement présents pour diffuser encore leur lumière et jeter des éclats de leurs puissance dans cette maison chaleureuse habitée par la bénédiction et l’âme ancestrale.

Chaque objet raconte une histoire à l’abri des lumières qui célèbrent leur beauté. La noblesse du tapis de laine règne et rayonne dans ses couleurs épargnées par le temps, témoins du travail fin et recherché de nos grand mères.

On retrouve avec bonheur ta3rict ou takana,  tikwatin adekwan avec une architecture moderne à laquelle Khadidja a participé.

Qui ne se souvient pas de la belle et pure voix de Khadidja chantant la complainte de la mère de Idir dans « Les rameaux de feu », roman, « Le grain dans la meule » de Malek Ouary, adapté au cinéma par Mohamed Iftissen ?

Elle a aussi interprété en 1985, des airs anciens dans le film de Fawzi sahraoui consacré à Isyakhem.

Tout chez cette femme respire l’authenticité et la beauté. Au contact de ses amis Kateb Yacine et M’hamed Isyakhem dont elle parle avec beaucoup d’émotion, elle a appris l’humilité, l’amour de sa culture, celui de son peuple.

Qui n’a pas été attiré par les très beaux costumes crées par Khadidja pour les comédiens dans La montagne de Baya de Azzedine Meddour ? Ce même regretté cinéaste qui rêvait de faire un film sur Fadma n’summer dans lequel notre styliste aurait joué le premier rôle.

Les expositions de Mme Hamsi, en Algérie et en Europe, sont toujours enveloppées de lumières tamisées, et le décor, souci majeur de l’artiste, rend hommage au patrimoine ancestral où elle a puisé son inspiration pour la création d’œuvres d’art auxquelles elle a donné une dimension universelle.

La main de l’espoir

» La main de l’espoir  » est une peintre inspirée de la main de Fatma, une main tendue vers le monde, message de paix, une oeuvre magnifique qui orne une station de métro à Bruxelles et pour laquelle Hamsi Boubekeur, musicien, chanteur, artiste peintre a reçu une distinction des mains de la ministre de la Culture, Fadila Laanan. H. Boubekeur a grandi au contact de sa sœur Khadidja pour laquelle il a beaucoup d’estime et de respect pour son travail de valeur. Puisse la main de Fatma les protéger comme ils l’ont fait avec le patrimoine ancestrale. Amen

H. O

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