Moe Guettaf
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Moe Guettaf, l’artiste aux multiples talents. Par Hadjira Oubachir

Une voix douce, profonde qui procure de la tristesse mêlée de nostalgie. Une musique fraîche comme des gouttes de pluie. Des paroles belles, tristes comme une brise de nuit. Ce sont les paroles que j’ai pensées et écrites à l’écoute, pour la première fois de la belle mélodie «lmalayek» «l’élue». Paroles simples mais profondément ressenties par un cœur aimant qui habille cette simplicité d’élégance et de sensualité. L’élégance n’étant autre qu’une question d’attitude, Moe Guettaf porte en lui cette intelligence du cœur qui se reflète dans sa façon de chanter.

La voix démarre lentement, douce, profonde dans une infinie mélancolie délicieuse puis se met à vibrer, à s’érailler au fil du poème qui se soulève au rythme d’une puissante vague qui se soulève. Lqaɛaw ifuden (Ma terre assoiffée), D gem turja aman (Guette la pluie), Lebḥur-iw kkawen (Les océans asséchés), Rewlen d ges iselman (Perdent toute vie), Kkem d igenni(Tu es mon ciel), Isd iqarsen ef tmurt (Sur l’humus béni), Ad qlent ctawi (Mon hiver humide), Ad tezzi tefsut (Pour le printemps promis). Puis, doucement, la vague se retire et la musique se fait caresse sur la surface d’une mer limpide. « Tizenqatin », adaptation de la chanson « s’afti ti yitonia » de Mikis Théodorakis, radieuse mais avec un fond de spleen, raconte l’ennui qui rythme le quotidien des jeunes avec le manque de loisirs, ses horizons fermés, ses ruelles désertes et sans vie et le rêve d’évasion vers des contrées plus clémentes.

Di tzenqatin agi (Dans ces sacrés ruelles), Inedder sbah meddi (Où nous tournons en rond), Tudert tezri (La vie est morne), Yiwen ur igzi (Toutes les saisons). « ttunagh at rebbi» est un cri de désespoir profond puisé des tripes de ceux qui souffrent «nous sommes les oubliés de Dieu». La puissante musique du rock alternatif si cher aux musiciens des années 80-90 sonne agréablement à l’oreille dans cette chanson et dans bien d’autres encore… L’album «tizenqatin» est un patchwork musical où plusieurs styles se croisent harmonieusement. Sans se rapprocher d’un courant musical précis, ce single est un mélange de styles composés de touches de folk , de jazz, de blues et surtout de rock savamment mixés avec une empreinte kabyle sublimée par la voix du fils de la montagne et des forets sentant bon le lentisque.

Beaucoup d’émotion se dégage de la chanson «Elisa». Ode à la liberté, composée en 2007 mais toujours d’actualité. La musique raconte autant que le texte. Le chanteur laisse pleurer sa guitare rythmée dans une continuité parfaite avec une batterie qui adapte son volume en respectant le chant qui doucement coule de pierre en pierre pour ensuite s’élever pour dénoncer l’arbitraire. Ay atmaten (Je vous appelle à témoin), Di lbattel iḥebsegh (Moi la victime détenue), S lmizan yemmalen (De l’arbitraire abusif), Assen mi curâagh (D’une justice corrompue). « Ttxil »-m, invite au voyage à deux sur le sentier étroit et incertain de l’amour. Ma tecfid ayen i nennugh (Souviens-toi de nos luttes), I tebratin i –n-deqqer (Des flocons de nos papiers), Deg ibardan achel i-nnsugh (De nos cris, les poings tendus), Ayen i nergem di le pouvoir (Vers le ciel de liberté), Tezlitt nni ad-tid- cennugh (De ma chanson douce-amère), Xas ma dagi di sbitar (Agrippée à tes pensées), Ur diqim ara ad kukrugh (Ne t’en va pas, je te prie), Tura imi d amghar (Je te dirai mes secrets).

« War tilas » se rebelle contre les tabous d’une société qui condamne l’amour de deux amants. « Tafsut-nni » est un retour sur les événements du printemps noir en Kabylie. « Bella Ciao » magnifiquement interprétée est une reprise du chant révolutionnaire italien antifasciste inspiré par les femmes dénonçant leurs conditions de travail. « Tizenqatin » est un album de qualité qui tient la route Son auteur se distingue par le temps et le cœur qu’il y a met pour le réaliser. Moe Guettaf a plusieurs cordes à son arc. Caricaturiste, il réalisé des dessins qui parlent du quotidien de la société avec humour et dérision. L’artiste prolifique écrit des livres pour enfant qu’il illustre lui-même de belles images colorées qui donnent à l’enfant l’envie de lire tout en s’amusant.«Le bonheur de l’épouvantail» en est la preuve. Il s’essaie à la peinture, la sculpture et à l’écriture. Discret, voire introverti, le chanteur a transformé sa voix intérieure en énergie créatrice. Est-ce pour ou à cause de ce foisonnement d’idées ou par pudeur que l’artiste modéré. demeure taciturne pendant que d’autres sans aucun talent ne cessent de se vanter?

H. O

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