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Entretien/ Belaid Tagrawla : « Après le confinement, nous mettrons deux CD sur le marché »

Dans cet entretien Belaid Tagrawla (Velaid At Mejqan) évoque la situation de la chanson kabyle dans les années 70 et actuellement. Il évoque également le Groupe Tagrawla, ses débuts, ses membres et ses futurs projets. 

  • La pandémie du coronavirus a paralysé toutes les activités, y compris celles artistiques, comment vivez-vous ce confinement?

En réalité le confinement des artistes avant ou après ce coronavirus, est le même. On a pris l’habitude d’attendre le ramadan ou l’été pour les pistonnés ,pour espérer se voir programmer pour un minable cachet, sauf pour les stars qui ont un cachet équivalent à celui de 100 chanteurs réunis. Sinon pour le confinement dû au coronavirus, on le passe chez soit, de temps à autre, on sort pour les courses, sinon personnellement, je suis collé aux réseaux sociaux, par moment, je fais des directs soit en chansons soit en lisant quelques pages de romans en kabyles.

  • Vous êtes un artiste intermédiaire entre deux générations, celle des années 70 et celle actuelle, quelle appréciation faites vous des deux générations ?

Déjà enfant, j’étais baigné dans cette atmosphère musicale. Notre grand poste de radio ne s’arrêtait pas. Au plus loin que je m’en souviens, les Slimane Azem, Taleb Rabah, Farid Ali, Nouara, Djamila, je ne peux pas les citer tous. Ajoutez à ceux là, les grands qui ont fait la radio chaîne kabyle. Puis vint l’année 70 l’année qui a vu arriver un nouveau style musical dit moderne militant avec de jeunes universitaires fondateurs de la chanson revendicative de l’identité amazighe, de la liberté et de la démocratie, l’année 70 c’était Ferhat Imazighen Imula, Idir, Djamel Allam, les Abranis, Isulas, Igudar, Yugurten, Inasliyen, Ideflawen et bien sur Tagrawla crée en 77 à l’université de Bab-Ezzouar. Nous étions la suite logique de nos aînés engagés et déterminés. A la fin des années 80 cette fougue s’estompa et un autre style musical plus festif s’installa et c’est la décadence et la disparition de plusieurs groupes et l’apparition d’artistes en solo. La chanson engagée était maintenue grâce à la ténacité de quelques groupes malgré les embûches qu’ils rencontraient dans un seul but, les empêcher de s’exprimer. Matoub Lounes était l’incarnation même de la chanson engagée pendant cette période.

Le groupe Tagrawla dans les années 80.
  • Vous avez de tout temps dénoncé une catégorie d’artistes qui font plutôt mal à l’art, pourquoi ?

Pas dénoncé, mais plutôt critiqué le gain facile, s’enrichir par tous les moyens, et baisse du niveau scolaire. Tous ces chanteurs là deviennent auteurs compositeurs interprètes, encouragés par des pseudos éditeurs, dont le seul objectif est l’argent rien que l’argent, et sur-mediatisés par certains médias dont le but principal est l’étouffement de la chanson à texte. Ces dernières années, nous constatons l’arrivée de certains « artristes » influencés par un Rai défiguré dont les paroles sont à la limite de l’indécence encouragés par des boîte événementielle.

  • Le groupe Tagrawla est légendaire. Fondé depuis plusieurs décennies mais il a su et pu survivre contrairement aux autres groupes, quel le secret de cette longévité?

l’honnêteté, l’amitié, l’objectif. Un bon nombre de musiciens ont fait partie du groupe. Comme Idir, Omar, Khelifa, Ahcene, Hsissou,Amar, une jeune fille tout au début dont je ne me rappelle pas le nom, puis il y avait Ali Togoli, Mustapha, Abbes, Youcef, Lounes, Hakim, moi-même et d’autres que j’en oublie. Et Lyes le claviériste. A chaque fois, il y avait des départs et d’autres qui arrivent, mais l’ossature est restée la même à savoir, Idir, Omar et belaid.

Quelques membres du Groupe Tagrawla
  • Sinon des projets pour le groupe Tagrawla?

Après 43 ans d’existence, le groupe s’essouffle, on prend de l’âge, manque de galas, les radios kabyles ne diffusent presque jamais les chansons de Tagrawla, hormis yemma tedda hafi ou fadma n Sumer. Apparemment on n’est pas du goût de la nouvelle génération d’animateurs, j’espère me tromper mais le constat est là. En ce moment nous sommes à deux, Idir Tagrawla et moi même, nous avons enregistré séparément mais pour la scène toujours ensembles accompagné de jeunes musiciens. Après le confinement, ma yevgha yillu, nous mettrons deux CD sur le marché. Pour terminé, restons confinés, la santé avant tout.

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